Les premières mentions d’une Société des Amis du Musée remontent au directorat d’Alphonse de Hauleville (1860-1938), et plus particulièrement à l’année 1923 lorsque ce dernier s’efforce d’obtenir le soutien du roi belge pour la formation d’une telle association. Même si le projet semble retenir l’approbation, notamment du ministre des Colonies (N. Arnold, voir la notice le concernant sur ce site) ou de Henri Schouteden, conservateur et futur successeur de de Hauleville, la société n’est pas créée, sans doute du fait de réticences ou d’atermoiements de la part de la commission de surveillance du musée.
C’est pourquoi les premiers objets acquis en 1924 grâce à l’intervention des Amis du Musée concernent en fait une initiative savamment informelle, orchestrée par le directeur de Hauleville forçant ainsi la main à sa tutelle hiérarchique. Un groupe de mécènes a en effet été démarché et réuni pour l’achat de la collection Vanden Abbele comprenant majoritairement des objets kuba pour la section ethnographique du musée.
Bien que la société ne soit pas non plus officialisée après cette intervention, le statut d’« Amis » continuera d’être officieusement convoqué les années suivantes dans certains documents de la direction liés aux acquisitions du musée pour lesquels des financeurs externes sont mobilisés (voir la référence au baron Lambert de la part de Schouteden dans la notice concernant Henri Pareyn sur ce site). Ce n’est que sous le directorat de Frans Olbrechts (1899-1958) entamé en 1947 que la société sera mise en œuvre sous la forme d’une association sans but lucratif (asbl) créée en 1951 (le paragraphe suivant reprend en grande partie Leloup 2007).
Dès les premières années, l’asbl Les Amis du Musée du Congo belge est à l’origine d’initiatives importantes. Elle met sur pied un service éducatif et organise des expositions temporaires, des conférences, des cycles de cours, des visites spécialisées, des présentations de films et des concerts. Elle se charge également de l’exploitation d’un « Bureau de vente », proposant des publications, des cartes postales, des photos, des diapositives, des reproductions et des moulages de pièces ethnographiques. Ces derniers étaient fabriqués dans l’atelier de moulage de l’asbl. En 1955, l’association lance la revue Congo-Tervuren publiant des articles scientifiques de vulgarisation à destination d’amateurs belges et internationaux et créant aussi une voie de communication entre l’institution et un lectorat au Congo. Le statut plus flexible de l’asbl offre enfin et surtout l’avantage que des pièces de collection peuvent être acquises et offertes au Musée avec un minimum de formalités administratives. Avec l’indépendance du Congo et à la suite du changement d’appellation en Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), l’asbl fut rebaptisée, en 1961 : Les Amis du Musée royal de l’Afrique centrale, et la revue affiche le nouveau titre d’Africa-Tervuren. L’association perd cependant peu à peu de ses capacités, car nombre des représentants des sociétés coloniales qui en étaient membres ne sont plus en activité. De plus, ses fonctions éducatives sont réduites à néant lorsque le MRAC crée en 1963 son propre service éducatif. La revue Africa-Tervuren, quant à elle, cesse d’être publiée en 1986 et le « bureau de vente » est transféré en 1988 au Service éducatif du MRAC, devenant la boutique du musée. Les acquisitions de collections s’arrêtent totalement en 1990. En 1993, le MRAC initie même la création d’une nouvelle asbl, Pro Africa-Museum.
Devenue progressivement un simple bailleur de fonds pour le musée plutôt qu’un véritable partenaire, l’asbl Les Amis du Musée royal de l’Afrique centrale décline ainsi jusqu’au début des années 2000, tendance que l’arrivée d’un nouveau directeur n’arrive pas à enrayer.
Face à ce désinvestissement de part et d’autre, la liquidation de l’asbl sera décidée en 2014 et actée par dissolution le 10 février 2015.
Durant son existence, l’asbl aura contribué à l’enrichissement (plus de 2 500 items) des collections du musée par deux moyens principaux :
– le financement d’achats d’objets sur le marché occidental ;
– le financement de missions de recherche et de collectes en Afrique.
Instance intermédiaire entre, d’une part, le musée et, d’autre part, les marchands/collectionneurs privés ou encore collecteurs, c’est à partir de ceux-ci qu’il faudrait investiguer au cas par cas la provenance des objets acquis par l’asbl tout au long des périodes coloniales et postcoloniales.
Car ni les activités du réseau fluctuant constitué par les Amis eux-mêmes (comités et membres) ni leurs archives ne permettent a priori de connaître, définir ou de présumer du contexte des collectes ni des modalités d’acquisitions antérieures d’objets dont plus de 900 sont originaires d’Afrique centrale.
Leloup, G. 2007. Archives de l’asbl Les Amis du Musée royal de l’Afrique centrale. Tableau de tri. Tervuren : MRAC, pp. 23-24.
Musée royal de l'Afrique centrale. (s.d.). Dossiers d’acquisition et fonds "Amis du Musée" (DA.3.19, DE 424).
Palais royal à Bruxelles. (s.d.). Dossier Secrétariat du Roi 4/43.