Joseph Maes (1882-1960)

Joseph Maes (1882-1960)

Joseph Maes au Congo pendant sa mission de 1913-14. AP.0.0.14270, collection MRAC Tervuren ; photo P. Tits, 1913 © MRAC Tervuren/Tits.

Joseph Maes, né à Ingelmunster (province de Flandre-Occidentale) le 7 juillet 1882 et mort le 10 juin 1960, fut ethnologue, conservateur et chef du département d’Ethnographie lors de la création du musée en 1909, et ce, jusqu’en 1949.  

Joseph Maes a fait ses études supérieures à l’Université d’État de Gand, où il a obtenu un doctorat en géographie en 1905. Il fut nommé maître de conférence à l’Université d’État de Gand par arrêté royal le 25 septembre 1926, fonction qu’il exerça jusqu’en 1945. 

En tant que conservateur du département d’Ethnographie, Joseph Maes est chargé de l’acquisition, de la gestion, de la recherche et des activités publiques liées aux objets ethnographiques. Au début de sa carrière, Maes est un partisan de l’évolutionnisme, une théorie anthropologique qui place les cultures humaines sur une échelle évolutive allant de la « barbarie » à la « civilisation ». Cette vision se reflète dans son travail muséographique, où il classe, par exemple, les instruments de percussion congolais selon une progression perçue du « primitif » au « raffiné ». Cependant, notamment à la suite d’une visite en Allemagne en 1912, où il rencontre des théoriciens comme Fritz Graebner et Bernhard Ankermann, Maes adopte le diffusionnisme. Cette théorie propose que les traits culturels similaires entre différentes sociétés résultent de contacts et d’échanges plutôt que d’une évolution indépendante. Enthousiasmé par cette approche, Maes commence à cartographier des « zones culturelles » en Afrique centrale, cherchant à démontrer l’origine commune des cultures africaines qu’il attribue à l’Égypte ancienne. Cependant, ces idées se révèlent méthodologiquement fragiles et échouent à fournir des preuves convaincantes.  

Durant l’entre-deux-guerres, Maes développe des liens étroits avec des ethnologues allemands, publiant régulièrement dans des revues telles qu’Ethnologica et Zeitschrift für Ethnologie. Ses relations avec le milieu scientifique allemand de l’époque, ainsi que son soutien au diffusionnisme, l’amènent à sympathiser avec certaines idées du nazisme. Ces affinités politiques lui valent une condamnation après la Seconde Guerre mondiale. Le 19 mai 1945, Maes est jugé par la cour martiale de Louvain pour collaboration économique avec l’occupant nazi, ce qui met fin à sa carrière. Après avoir purgé plus de cinq ans de prison, il est libéré en 1950, bénéficiant d’une réduction de peine. Il fut remplacé à son poste au musée en 1946 par Albert Maesen. 

Avant la Première Guerre mondiale, il s’est rendu une fois au Congo, de 1913 à 1914. Au cours de ce voyage, il a acquis un grand nombre d’objets dans les régions du Bas-Kasaï et du Lac Léopold II. Cependant, les dossiers d’acquisition du musée fournissent très peu d’informations sur la provenance et le contexte d’obtention de ces objets. Cela peut s’expliquer par l’objectif de la mission de Maes, qui visait à sauver rapidement les vestiges d’un Congo précolonial. En l’espace d’un an, il a collecté 1 293 objets provenant de 120 sites différents. 

Sur les objets liés à Joseph Maes : voir ici

M. Dewitte, 2024

Bibliographie

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Sources

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