Albert Maesen (1915-1992) grandit à Anvers. De 1933 à 1937, il étudie l’histoire de l’art et l’archéologie à l’Université de Gand, où enseigne alors le professeur Frans Olbrechts (1899-1958) dont le rôle fut sans doute déterminant dans la spécialisation puis la carrière de Maesen (le paragraphe suivant est basé sur Jacobs 2006).
Immédiatement après ses études (et son service militaire) en 1937, Maesen travaille à l’aménagement de la section ethnographique du Vleeshuis à Anvers. À la fin de cette même année et toujours à Anvers, il participe à l’exposition conçue par Olbrechts, Kongo-Kunst (un millier d’objets), qui fut fondamentale quant à l’étude, sous l’angle stylistique, du patrimoine culturel matériel du Congo. En 1938, Olbrechts organise « l’Expédition belge en Côte d’Ivoire » à laquelle Maesen participe également. Parti en novembre 1938, il réside à Korhogo en pays senufo de janvier à septembre 1939. Maesen collecte alors de nombreuses sculptures et autres objets ethnographiques qui furent déposés dans les musées d’Anvers, Bruxelles et Gand. L’expédition se termine prématurément en septembre 1939 du fait de la guerre. Fait prisonnier durant la campagne des 18 jours en mai 1940, Maesen est détenu en Allemagne jusqu’en décembre de la même année. Une fois libéré, il travaille au Musée du Congo belge comme collaborateur volontaire de 1941 à 1947. Avec la fin de la guerre, ses autres activités reprennent : cours de formation coloniale, expositions et publications. Surtout, le 12 novembre 1946, Maesen obtient une thèse de doctorat en histoire de l’art et archéologie (Université de Gand) sous le titre « De plastiek van de Senufo van de Ivoorkust (Frans West-Afrika) ».
En 1947, il est nommé attaché au Musée du Congo belge. C’est dans ce cadre que le conservateur (1954) Albert Maesen a réalisé une mission de près de deux ans au Congo, entre le 13 juillet 1953 et le 15 septembre 1955. Accompagné par son épouse Cécile Maesen, il traverse le pays d’ouest en est, à la rencontre de quelque quatre-vingts groupes culturels/de population différents auprès desquels il prendra plus de 1 600 photographies et collectera plus de 8 400 pièces (7792 EO + 673 MO) qu’il envoie progressivement au musée. Plus de 200 caisses réparties en plusieurs lots sont ainsi acheminées vers la Belgique (à l’exception des objets trop volumineux tels que les pirogues, par exemple). Le budget avancé par le ministère des Colonies pour ces collections correspond à un montant de 182 500 francs dont 150 287,50 furent directement utilisés en paiement (le reste en emballage et transport). La valeur des objets qui est indiquée dans les documents d’envoi des caisses semble varier entre 1 et 400 francs (information indicative, car toutes les caisses ne sont pas décrites financièrement dans les archives conservées au musée), mais des prix d’achat apparaissent également dans les notes de Maesen (certains s’élèvent à 500 francs, par exemple). Si les carnets de terrain de Maesen ne contiennent pas systématiquement cette information, ils indiquent le plus souvent le lieu, la date, le nom du créateur et/ou vendeur de l’objet (homme ou femme).
Minimalistes, les informations consignées par Maesen ne permettent nullement de présumer du contexte exact des transactions. D’autant que Maesen traversait rapidement les régions, secteurs et villages et n’avait sans doute pas le temps de nouer des relations de confiance avec tous ses interlocuteurs. En outre, Maesen publiera peu concernant cette mission (principalement sur les Holo du Kwango). Mais l’existence de ces données brutes et factuelles constitue néanmoins une ressource rare pour envisager le potentiel de recherches de terrain afin de pallier ce manque flagrant de connaissances. Dans le cadre de PROCHE, trois chercheurs de l’Institut des Musées nationaux du Congo investiguent les provenances d’objets rapportés de cette mission par Maesen : un masque Woyo (EO.1953.73.916), trois masques Leele (n° EO.1953.74.6023, EO.1953.74.6185, EO.1953.74.6431) et un masque Bakwa Kasansu (EO.1953.74.4293).
Après l’indépendance du Congo et avec l’ouverture géographique du champ d’expertise du Musée de Tervuren à toute l’Afrique, Maesen participe dans les années 1960 à de nouvelles missions d’étude et de collectes, en Côte d’Ivoire, mais aussi au Cameroun puis au Ghana, au Nigéria, au Maroc et au Niger jusqu’au milieu des années 1970.
À la fin de sa carrière et pendant un an, il assure le directorat par intérim du Musée royal de l’Afrique centrale. En 1980, il prend sa retraite avec le titre de conservateur honoraire, mais continue toutefois ses activités de recherche.
Jacobs, J. 2006. « Maesen (Albert, Alfons, Leo) ». In Biographie belge d’Outre-Mer. Bruxelles : Académie royale des Sciences d’Outre-Mer, tome IX, 2015, col. 255-264. En ligne : https://www.kaowarsom.be/en/notices_MAESEN_albert_alfons_leo
MRAC - Musée royal d'Afrique centrale. Archives historiques, Archives de la direction et du service d'appui ; pour des raisons d’inventaire et vérification RGPD, le dossier du personnel (carrière) de Maesen n’est actuellement pas accessible à la consultation.
MRAC - Musée roal d'Afrique centrale. Section d’Ethnographie : Carnets de terrain et dossier d’acquisition « Maesen A. ».