Oscar Michaux (1856-1918)

Oscar Michaux (1856-1918)

Esquisse préparatoire réprésentant Oscar Michaux (n° 80 de la série "Uniformes de la Force publique"). HO.0.1.635, collection MRAC Tervuren ; dessin aquarellé de J. Thiriar, 1952-1953, tous droits réservés.

Oscar Joseph Isidore Michaux s’engage comme soldat en 1880. Diplômé de l’École d’équitation de l’armée belge en 1882, il devient sous-lieutenant de cavalerie en 1887 puis est détaché comme officier d’instruction dans cette école en 1888. Le 8 novembre 1889, il est rattaché à l’Institut cartographique militaire (la procédure habituelle pour envoyer les militaires belges au sein de la Force publique de l’État indépendant du Congo – EIC). 

Michaux embarque alors pour le Congo le 2 décembre 1889. Après son arrivée à Lusambo, il participe aux expéditions contre le chef Gongo Lutete, puis aux combats contre les commerçants et caravaniers Kiokos (Chokwe et apparentés). Ensuite, lors de la campagne arabe, il participe à la bataille de la Lomami contre le chef arabe Sefu, dont les 10 000 hommes subissent des pertes immenses estimées à 3 000 morts et d’innombrables noyés. À la suite de cette bataille sanglante et tragique (des mots mêmes du militaire), Michaux est présenté comme un héros, comme l’illustre une aquarelle de Thiriar (ill. ci-dessus) le montrant avec les drapeaux arabes qui furent alors saisis. 

Après un retour de quelques mois en Belgique en 1893, Michaux retourne au Congo en juin de cette année, où il devient commissaire de district du Kasaï-Lualaba à son ancien poste de Lusambo. C’est lors de ce second terme, marqué par la « révolte des Tetela » au sein de la Force publique, qu’un masque Luba devenu emblématique du musée (EO.0.0.23470) fut – entre autres pièces – pillé à Luulu (Ceyssens 2011). 

Ce masque est le seul exemplaire de sa typologie d’une collection comportant pas moins de 715 objets. L’ensemble, vendu au musée après la mort de Michaux, comprend notamment des coupes, des cornes, des boîtes, des statues, des sceptres/cannes, des peignes, des ivoires, de nombreux textiles en raphia tissés, des armes, des instruments de musique et des sièges ; tous acquis par le militaire lors de près de sept années passées au Congo. 

Mais le masque n’est certainement pas le seul objet à avoir été acquis par la force. M. Hullebroeck mentionne (2022 : 436-438) le cas de trois sièges (non identifiés sur les six de la collection) acquis à l’encontre des chefs Gongo Lutete, Lusuna et Kassongo Niembo durant la « campagne arabe ». 

Hormis ces provenances qui émergent à la suite de recherches longues aux croisements d’archives poussés, il existe peu de sources directes sur les contextes et modes des acquisitions : un textile Kuba (EO.0.0.23676) de la collection porte une étiquette et semble avoir été obtenu auprès de Léon Rom, un autre agent belge de l’EIC. Quant aux publications de Michaux lui-même (dont on connaît la partialité), elles ne signalent que de possibles transactions alors que l’officier remonte le Sankuru lors de son premier terme au Congo (1907 : 93 ; ce passage est repris sans changement dans l’édition de 1913) : 

« Tous les jours du haut de ma cabine, je puis jouir d’un spectacle inoubliable, […]. Une cinquantaine de pirogues évoluent autour du bateau. Tous les noirs nous offrent en vente les marchandises les plus invraisemblables […]. Les habitants du Sankuru sont très habiles aux ouvrages de mains. Ils confectionnent, entre autres choses, des nattes et des étoffes indigènes qui sont réellement superbes ; ainsi que des haches, des lances, des couteaux et des gobelets en bois qui sont de véritables petits chefs-d’œuvre et dénotent, par leur originalité et leur fini, beaucoup de goût et d’art chez ces artistes […] » 

La généralisation des collectes à cette époque accentue en effet les échanges commerciaux de tels biens et génère aussi une production qui les alimentait. D’ailleurs, une note du conservateur Joseph Maes au sujet de la collection Michaux mentionne les cas de fabrications : 

« L’intérêt de cette belle collection réside en première ligne dans le fait que toutes les pièces possèdent non seulement les renseignements d’origine et de provenance, mais en outre, la date de fabrication et de récolte » (J. Maes, 28 avril 1919). 

Mais, contrairement à ce que signale la note de Maes, toutes les pièces sont loin d’être documentées par les sources qui ont alors été transmises au musée. 

D’après les quelques cas étayés, les objets présents dans la collection Michaux ont vraisemblablement été marchandés, au gré de rencontres – la plupart sur un pied d’inégalité – ou pris sans autorisation lors de ses campagnes militaires. 

Une fois en Belgique, les objets resteront la propriété de Michaux durant toute sa vie, comme trophées ou souvenirs de ses campagnes au Congo. Apparemment cachées pendant la Première Guerre mondiale, les pièces furent proposées en vente au musée par la veuve de Michaux en 1919 (pour plus d’information, voir la notice consacrée à Mathilde Mertens sur ce site). 

Sur les objets liés à Oscar Michaux : voir ici

A. Lacaille, 2024

Bibliographie

Michaux, O. 1907. Au Congo : carnet de campagne ; épisodes & impressions de 1889 à 1897. Bruxelles : Falck.
Michaux, O. 1913. Au Congo : carnet de campagne ; épisodes & impressions de 1889 à 1897. Namur : Dupagne-Counet.
Anonyme. 1948. « Michaux (Oscar, Isidore, Joseph) ». In Biographie coloniale belge. Bruxelles : Institut royal colonial belge, tome I, col. 685-693. En ligne : https://www.kaowarsom.be/en/notices_michaux_oscar_isidore_joseph
Ceyssens, R. 2011. De Luulu à Tervuren : la collection Oscar Michaux au Musée royal de l’Afrique centrale. Tervuren : Musée royal de l’Afrique centrale.
Ceyssens, R. 2016. La Révolte de la Force publique congolaise (1895) : les papiers Albert Lapière au musée de Tervuren. Louvain-la-Neuve : L’Harmattan.
Hullebroeck, M. 2023. « Les collections, trophées et vétérans coloniaux et la naissance du Musée royal de l’Armée ». Thèse de doctorat en histoire de l’art. Paris : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Sources