Contrat de mariage entre Mathilde Mertens et Oscar Michaux, 8 juillet 1901 (détail). Archives de l’État à Forest, Fonds Archives notariales de la province de Brabant, no 46457, Me Cantoni, Minutes notariales, 1901, no 674.
Mathilde Mertens naît en 1883 dans le quartier bruxellois du Marais, plus précisément dans la rue d’Or, une artère pavée où fleurissent alors de nombreux commerces et cabarets. C’est là que ses parents, Marie Sidonie Stroobant (Bruxelles, 1850-1928) et l’imprimeur-éditeur Adolphe Désiré Mertens (Bruxelles, 1844-Bruxelles, 1904) viennent poser leurs valises en provenance de la fort animée et plus populaire rue de l’Escalier. Ce déménagement marque la progressive élévation sociale de cette famille d’imprimeurs, typographes et lithographes qui prit son envol juste après la Révolution de 1830, lorsque le grand-père Antoine Mertens (Bruxelles, 1804-Boitsfort, 1869) profita de la crise et de la restructuration du marché du livre pour s’établir durablement (Durand & Habrand 2018 : 94-95). En 1890-1891, les ateliers de la rue de Woeringen à la réputation bien installée et la famille investissent de vastes locaux dans la rue d’Or. Ils y resteront plusieurs décennies, notamment sous le nom des Établissements généraux d’imprimerie.
Les circonstances de la rencontre de Mathilde Mertens avec le lieutenant Oscar Michaux (Glimes, 1860-Gravelines, France, 1918) nous restent inconnues. Lorsqu’ils se marient en juillet 1901, cet officier belge de 23 ans son aîné est considéré comme une figure importante des opérations de conquête militaire de l’Afrique centrale entre 1892 et 1897. Lors de ses deux termes qui s’étendirent de 1889 à 1897, Michaux acquit une large collection d’objets dans des contextes et des conditions peu documentées, pièces auxquelles il conféra différents statuts : souvenirs, trophées de guerre ou témoins des prouesses techniques indigènes (Hullebroeck 2023 : 409-416 ; 427-440). Michaux veille jalousement sur ses collections, comme en témoignent ses échanges avec le Musée de l’Armée de l’Exposition universelle de Bruxelles en 1910 : c’est que les objets qu’il leur prête, dit-il, « constituent les plus beaux souvenirs de [s]a vie » (MRA Correspondance 1910). Il ne s’en sépare donc qu’avec circonspection. En 1913, frustré par une carrière militaire qui piétine, reflet d’un malaise général chez les vétérans coloniaux, il se sert du don au Musée royal de l’Armée de cinq drapeaux pris en Afrique centrale comme monnaie d’échange pour obtenir une décoration et monter en grade malgré l’avis défavorable de l’administration militaire (MRA DPM no 11321). Ce sont là les seuls dons à des institutions publiques qui aient été actuellement identifiés.
Son décès en 1918 change la donne et marque l’entrée en scène de Mathilde Michaux-Mertens comme actrice essentielle du devenir de cette collection. En difficulté financière pour payer les droits de succession, elle vend plus de 700 pièces au Musée du Congo belge avec l’aide de son beau-frère Hector Lebrun, membre de la Commission de surveillance (Ceyssens 2011). Elle se fait ensuite la gardienne de la mémoire de son époux tout en écoulant progressivement une partie des pièces et archives qu’elle a conservées en sa possession. En 1921, elle se plaint amèrement des commentaires peu amènes d’un journaliste quant à feu son mari après sa visite du Musée royal de l’Armée. En 1930, elle s’assure que Michaux soit mis en valeur dans l’Exposition internationale coloniale, maritime et d’art flamand à Anvers. Entretemps, elle confie encore en 1926 et 1929 une cinquantaine d’armes blanches, une vingtaine de pièces d’archives et son sabre d’honneur au Musée royal de l’Armée. Elle fait encore don d’une photo et d’une médaille au Musée du Congo belge en 1964.
Pour plus d’informations sur la collection Oscar Michaux au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), voir la notice qui lui est consacrée par Agnès Lacaille.
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