Exposition des collections d'Afrique au Musée Royaux d'Art et d'Histoire, 1948. CC BY 4.0 KIK-IRPA, Brussels (Belgium), cliché B067740.
L’institution qui s’appelle aujourd’hui les Musées royaux d’Art et d’Histoire (MRAH), située au parc du Cinquantenaire à Bruxelles, a été l’intermédiaire d’une part importante (plus de 10 000 objets) des collections d’anthropologie culturelle de l’actuel Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren.
Cette part comprend d’anciennes collections coloniales de l’État indépendant du Congo (EIC) puis de la Belgique, mais surtout des collections provenant d’autres pays d’Afrique et du reste du monde.
Plusieurs centaines d’objets congolais – notamment la collection de l’ancien et premier Gouverneur général de l’EIC, Camille Janssens (1837-1926) – sont elles-mêmes issues du Musée d’Armes et d’Armures de la Porte de Hal dont les collections ethnographiques déménagées en 1901 sur le nouveau site du Cinquantenaire (appelé alors Musées royaux des Arts décoratifs et industriels) n’y sont plus exposées, dans l’attente de salles spécifiques.
Bien que dès 1898, et la pérennisation d’un « musée du Congo » à Tervuren à la suite de l’Exposition coloniale de 1897, les acquisitions de collections congolaises soient freinées par la commission de surveillance du Musée du Cinquantenaire, leur statut reste flou. Aussi, à l’ouverture du Musée du Congo belge (1908), le conservateur en chef du Cinquantenaire, Eugène Van Overloop (1847-1926), interroge sa tutelle sur l’avenir de ces collections congolaises. Le ministre des Colonies Renkin et son homologue le ministre des Sciences et des Arts s’accordent alors sur la centralisation de toutes les collections congolaises à Tervuren. Outre la collection Janssen, un transfert en 1912 concernera entre autres les collections du ministre Auguste Beernaert (1829-1912), du lieutenant-général van Vinkeroy (armes congolaises), du lieutenant Ernest Baert (engagé par l’EIC), du comte Louis Cavens et de M. Branteghem, mais aussi plus directement des collections de l’EIC (celui-ci eut plusieurs « dépôts » d’objets dans Bruxelles), dont une statue appartenant au chef Kongo Ne Kuko prise en 1878 à Boma par Alexandre Delcommune et ensuite donnée à l’Association internationale africaine (dirigée par Strauch qui chapeautait également l’EIC).
Mais la plus grande partie (plus de 8 000 objets) provient d’un vaste échange de collections réalisé beaucoup plus tard entre le Musée de Tervuren et les MRAH entre 1967 et 1979.
En effet, après l’indépendance du Congo en 1960, une redéfinition des rôles des musées fédéraux conservant des patrimoines extraeuropéens aboutit à un important double transfert de collections ; le Musée de Tervuren s’enrichit notamment de collections amérindiennes et océaniennes, mais aussi de collections africaines dépassant son ancienne aire coloniale.
En effet, si les MRAH ont bien durant la période coloniale ouvertement arrêté de s’intéresser aux pièces en provenance du Congo, ils continuèrent d’acquérir des objets d’Afrique jusque dans les années 1960, y compris en provenance de régions limitrophes et pour lesquelles l’origine géographique exacte dans une zone frontalière reste parfois indéterminée (notamment lorsque la pièce est achetée sans indication précise, sur le marché de l’art, par exemple). En outre, les MRAH soutinrent des missions de recherche et de collecte en Afrique centrale, telles que celles menées en Angola par le géologue et paléontologue Edmond Dartevelle (1907-1956) en 1938-1939 et par l’artiste-peintre Robert Verly (1901-1963) après la Seconde Guerre mondiale.
Les réseaux derrière les 1 370 objets d’Afrique centrale des anciennes collections du musée de la Porte de Hal et des MRAH sont ainsi composés de dizaines de personnes : diplomates, aristocrates et mécènes, hommes d’État, militaires, antiquaires, ethnographes, marchands d’art, etc., qui restent à faire émerger et qu’il faut réassocier aux collections conservées à Tervuren, mais aussi aux archives des MRAH du Cinquantenaire et dont tout l’enjeu reste bien sûr de connaître les histoires et mémoires encore vivantes au Congo.
Liber Memorialis, 1835-1985. 1985, Bruxelles : MRAH.
Leloup, G. & Montens, V. (pour les études institutionnelles). 2008. Archives institutionnelles des Musées royaux d’Art et d’Histoire et archives des asbl hébergées par l’institution. Tableau de tri des Archives. Bruxelles.
Couttenier, M. 2018. « EO.0.0.7943 », BMGN – Low Countries Historical Review, vol. 133-2, pp. 79-90.
Lacaille, A. 2021. « Statue Nkisi Nkonde ». Tervuren : Musée royal de l’Afrique centrale. En ligne : https://www.africamuseum.be/en/learn/provenance/nkisi-nkonde
Musée royal de l'Afrique centrale. (s.d.)., Dossiers des acquisitions : DE 231 (Janssens) ; DE 277 (1912) ; Échange MRAH (1967-1979).
MRAH - Musée royaux d'Art et d'Histoire militaire - Dossiers des acquisitions.