Portrait de Jeanne Walschot. 2016.16.187, collection MRAC Tervuren ; photographe non identifié, s.d. Tous droits réservés
Marchande et collectionneuse bruxelloise, Jeanne Walschot (1896-1977) est l’une des rares femmes, célibataire de surcroît, à avoir mené dans ce secteur une carrière d’une exceptionnelle longévité (sur près de cinquante ans). À partir des années 1920, elle constitue progressivement une collection d’objets, de documents et de spécimens naturalistes congolais, principalement à travers les réseaux coloniaux, institutionnels ou particuliers en Belgique (elle ne voyagera jamais en Afrique). Ses premières transactions avec le Musée de Tervuren datent de la fin des années 1920 (d’abord des dons puis principalement des ventes). Elles s’intensifieront avec le temps, et notamment à partir des années 1950, sans doute à la faveur de sa relation amicale avec la conservatrice Huguette Van Geluwe (voir la notice qui lui est consacrée sur ce site). C’est à travers cette dernière que Walschot à la fin de sa vie a transmis sa collection de près de 3 000 objets au Musée royal de l’Afrique centrale.
Certaines sources font remonter le début de cet ensemble à Malvine Farasyn, la mère de Jeanne : soit qu’elle ait elle-même commencé à collectionner dès la Première Guerre mondiale, soit qu’elle ait encouragé Jeanne à le faire dans le domaine de l’art africain. D’autres considèrent que la collection leur était commune (Périer 1931). Walschot semble d’ailleurs bien au départ partager son activité marchande avec sa mère.
La première boutique où Walschot commerça durant quinze ans se situait au 71, rue de la Madeleine (approximativement dans le bas de l’actuelle Bibliothèque royale, complexe de l’Albertine) à Bruxelles. En 1938, elle déménage, toujours rue de la Madeleine, au no 15. Son bail prenant fin en 1940, elle installe alors sa boutique Souvenirs du Congo en face, au no 16 de cette même artère jusqu’en 1953. Après cette date, elle quitte définitivement la rue de la Madeleine pour installer sa boutique Art Noir rue de la Montagne (1956), avant d’investir une minuscule maison au 1, rue Chair et Pain (1958). Bien que présentant de nombreuses ruptures, l’établissement durable de Walschot dans un petit périmètre – entre le Mont des Arts, la cathédrale Sainte-Gudule et la Grand-Place – de la capitale belge atteste de son caractère hautement stratégique. Longtemps lié au marché de l’art et des antiquités, il est devenu intimement associé à la Colonie par la présence de son ministère (de 1908 à 1960), ainsi que de ses autres administrations et des commerçants spécialisés qui s’y installent. Un réseau que Walschot ne cessera de solliciter par l’envoi ou le dépôt de circulaires proposant l’achat (et la vente) d’objets du Congo.
Si les archives privées de Walschot ne permettent malheureusement pas de retrouver précisément les provenances « antérieures » des objets de sa collection, celle-ci a la particularité d’avoir été documentée dès les années 1920 par plusieurs reportages photographiques, notamment ceux de Victor Hennebert (1877-1947) et de Germaine Van Parys (1893-1983). Tant la production que la diffusion de ces images tracent les réseaux nationaux intellectuels, culturels et politiques, liés aux activités de Walschot durant ces années constitutives pour la collection.
L’étude des objets eux-mêmes a parfois permis de confirmer de telles relations grâce à des mentions notées au crayon. Deux statues Kongo peuvent ainsi être associées au socialiste belge Joseph Wauters, qui voyagea au Congo en 1923, mais dont ni les articles du Peuple (1923) ni l’ouvrage Le Congo au travail (1924) ne mentionnent toutefois l’acquisition sur place de ces sculptures.
Deux des recherches doctorales menées dans le cadre de PROCHE concernent par ailleurs deux autres objets de la collection Walschot (une coiffe Lega d’initié du Bwami et une statue nkisi Songye). Incluant des recherches de terrain, ces études apporteront peut-être une meilleure connaissance de leur provenance, sinon de son contexte.
Mais il ne s’agit donc que de quelques pistes sur un ensemble comprenant plus de 3 000 objets, soit presque 2 % des collections d’anthropologie culturelle du Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) (à noter que Walschot a aussi vendu des objets océaniens et d’Afrique de l’Ouest qui se trouvent aujourd’hui à Tervuren du fait de transferts de collections avec les Musées royaux d’Art et d’Histoire du Cinquantenaire en 1967 et 1979 – voir sur ce site la notice les concernant).
Belgique centenaire. Encyclopédie nationale 1830-1930. Bruxelles, 1930 : Les Éditions nationales.
Périer, G.-D. 1923. La Colonisation pittoresque. Bruxelles : L’Édition, 119 p.
Périer, G.-D. 1926. « Un magasin de Curiosités nègres ». In numéro spécial « L’art nègre » de la revue mensuelle d’arts et lettres. La Nervie. Bruxelles : no IX-X, pp. 33-36.
Périer, G.-D. 1930. « Importance de l’art nègre ». Émulation 6 : 108-118.
Milo J. 1937 (3 mars). « Un petit musée d’art congolais qui va disparaître. Dans une cave on donnait des thés nègres ». L’Indépendance belge. Journal quotidien de concentration nationale. Bruxelles.
Périer, G.-D. 1931 (12 décembre). « Masques ». In Le Soir Illustré 4 (199) : 6-7 (rubrique « Le Congo chez nous »).
Périer, G.-D. 1933. 1 000 objets de la collection Walschot vous transporteront dans le monde merveilleux des Noirs, feuillet de l’exposition. Bruxelles : Théâtre du Parc/Cercle Artistique et Littéraire de Belgique.
Walschot, J. 1933. « L’art nègre a ses faussaires ». Bulletin de l’Union des femmes coloniales 10 (55) : 4.
Caso, P. 1953. « Magie africaine à Bruxelles ». Reflets du Tourisme : 39-46.
De Sousberghe, L. 1959. L’Art Pende. Bruxelles : Académie royale de Belgique.
Lacaille, A. 2018. « Les arts africains à Bruxelles dans l’optique de Germaine Van Parys, pionnière du photojournalisme en Belgique ». Tribal Art 88 : 140-151.
Lacaille, A. 2019/2020. « Les merveilleuses images de Jeanne Walschot : un monde entre Exotisme et Modernité ». BRUNEAF Winter, catalogues de l’exposition. Bruxelles : Brussels Non-European Art Fair, 2019 (partie 1) & 2020 (partie 2), pp. 6-26/27.
De Coninckx, F. 2014. Boire la beauté du monde. La vie aventureuse et secrète d’Alexis Bonew, collectionneur masqué. Bruxelles : Anima Ludens.
Lancelot (pseudonyme de P. Caso). 1977 (13-14 mars). « Souvenir d’une dame ». Le Soir.
Wastiau, B. 2001. « The Universe of Miss Walschot: Belgian Collector and Dealer of “Congolonia”, 1896-1977 ». In A. Shelton (dir.), Collectors: Individuals and Institutions. Londres / Portugal : Horniman Museum and Gardens / Museu Antropologico da Universidade de Coimbra, pp. 223-238.
MRAC - Musée royal de l'Afrique centrale. Section d’Ethnographie : dossiers correspondance ; dossiers d’acquisition ; correspondance, dossiers d’acquisition,"Jeanne Walschot".
MRAC - Musée royal de l'Afrique centrale. Archives historiques. Archives des particuliers - Histoire coloniale (Identifiants : HA.01.0456, HA.01.0761.2).
Ville de Bruxelles. Almanachs du Commerce et de l’Industrie, 1880-1962 et Registres d’état civil (Naissances) et de la population.