Les origines de la collection ethnographique du MRAC sont antérieures à la création du Musée du Congo en 1898. En vue de l’organisation des expositions universelles d’Anvers (1885 et 1894) et de Tervuren (1897), les responsables de l’État indépendant du Congo (EIC) en appelaient déjà aux militaires et aux coloniaux pour la collecte de la culture matérielle dans la colonie. Comme le personnel de l’État indépendant du Congo (1885-1908) était principalement composé de militaires, les premiers objets ethnographiques arrivés en Belgique ont souvent été acquis dans des conditions de violence. Les informations relatives au lieu de collecte, à l’utilisation locale ou à l’identité du propriétaire d’origine n’ont guère été consignées dans ce contexte.
Pour éviter que des conservateurs étrangers n’achètent des pièces, comme ce fut le cas lors de l’exposition anversoise de 1885, après son exposition en 1894, la collection ethnographique fut hébergée dans les bâtiments administratifs de l’État indépendant du Congo, rue Brederode, et dans un grenier à foin situé au-dessus des écuries royales, sur la place du Trône. C’est là que le personnel de l’EIC a commencé à ordonner des milliers d’objets ethnographiques congolais : 7598 objets « originaux » ont alors été distingués d’un nombre inconnu de « doubles » pour être numérotés selon une grille de classement composée de douze régions géographiques et de douze groupes thématiques. « L’autre » est ainsi « muséifié » et soumis artificiellement à l’ordre de la classification.
Avec la création du musée et de sa section d’ethnographie en 1898, l’étude scientifique des objets ethnographiques a débuté. Suivant les théories évolutionnistes, également très influentes dans d’autres instituts occidentaux, les « types originaux » sont distingués des « formes dérivées », plus ornementées, afin de reconstituer le « développement historique » d’un objet. Cette approche diffusionniste reposait sur des comparaisons formelles entre les objets. Par exemple, les similitudes entre les objets congolais et égyptiens ont été considérées comme des preuves de contacts dans le passé. À cette époque et pour la première fois, des listes des pièces reçues étaient également établies et conservées dans les « Dossiers ethnographiques » de ladite Section.
Après 1910, le Musée du Congo belge est passé à la classification de la collection ethnographique selon un système numérique continu dans le Répertoire général. L’ancienne classification thématique et géographique est abandonnée. Des milliers d’objets de « l’ancienne collection », comme on l’appellera désormais, doivent alors être renumérotés et réinscrits. Ce fut un travail peu stimulant intellectuellement qui dura ainsi jusqu’en 1920. Ce n’est que dans des cas exceptionnels qu’un « état civil complet » a été réalisé, ce qui signifie que de nombreux objets se sont avérés « inutilisables » pour la recherche à l’époque, par exemple parce qu’il n’y avait pas de précisions quant au lieu de collecte ou concernant le créateur.
Aujourd’hui et face à encore d’autres méthodes utilisées pour la recherche de provenance, il est particulièrement regrettable que les informations concernant ces premiers objets à être arrivés en Belgique depuis le Congo soient à ce point lacunaires. Il est très difficile de savoir quels objets ont été collectés, par qui et dans quelles circonstances. Seuls le travail d’archives, l’analyse des photographies, l’étude de l’histoire orale en Afrique centrale et le rapprochement entre les personnes et les objets permettront de faire revivre les mémoires.
Couttenier, M. 2005. Congo tentoongesteld. Een geschiedenis van de Belgische antropologie en het museum van Tervuren (1882-1925). Louvain/Tervuren : Acco/Musée royal de l’Afrique centrale.