Vue de l'huilerie de Olenge. 2017.24.2152, collection MRAC Tervuren ; photo J. Mulders (Inforcongo), s.d. © MRAC Tervuren/Mulders.
La Compagnie du Kasaï est une entreprise belge fondée le 24 décembre 1901 par décret, dans le contexte de l’exploitation coloniale. Elle a été créée à l’initiative du roi Léopold II, avec le soutien de Victor Lacourt et du baron du textile gantois Jean de Hemptinne. Son siège administratif se trouvait à Bruxelles, tandis que son siège social était situé à Dima, en République démocratique du Congo. Elle a poursuivi ses activités au moins jusqu’en 1955.
La Compagnie du Kasaï avait pour principal objectif la collecte, l’exploitation et l’exportation de ressources telles que l’ivoire et le caoutchouc. Elle a joué un rôle majeur dans le développement économique de la région du Kasaï, située au centre-ouest du Congo, considérée comme le « grenier à blé » du pays en raison de sa fertilité et de ses ressources abondantes. Dans cette optique, la compagnie cherchait à rationaliser les activités en éliminant les chevauchements, à développer de nouvelles industries, à intensifier l’exploitation du caoutchouc, ressource particulièrement prisée à l’époque. Au fil du temps, la Compagnie du Kasaï a étendu ses activités, se tournant notamment vers le secteur minier. Elle a également entrepris une exploration systématique de la région, incluant des recherches approfondies sur la faune et la flore locales, ainsi que la collecte d’objets destinés à enrichir les collections muséales.
En tant qu’entité étroitement liée à l’État indépendant du Congo (EIC), la Compagnie du Kasaï jouait également un rôle dans la promotion de la propagande coloniale. Ses contributions aux collections muséales servaient à légitimer et glorifier l’entreprise coloniale belge. Le conseil d’administration de la compagnie regroupait des figures influentes de l’époque, parmi lesquelles Alexandre Delcommune, Alexis Mols, Charles de Broqueville, Jean Jadot et Victor Begerem, renforçant ainsi ses liens avec les sphères politiques et économiques belges.
La Compagnie du Kasaï effectuait des livraisons régulières au musée, dont un envoi important de 1 400 objets en 1913. Cependant, les archives restent silencieuses quant aux méthodes d’acquisition de ces objets. Dans un contexte marqué par l’exploitation, la conquête, le contrôle et la classification, ces objets étaient collectés par diverses personnes associées à la Compagnie. Parmi elles figurait Auguste Gérard, qui fut administrateur délégué en 1947 et président en 1955. Bien que les circonstances précises de ces acquisitions restent floues, elles s’inscrivent dans une dynamique coloniale visant à documenter et contrôler les populations et les territoires, tout en enrichissant les collections muséales européennes.
Dans le cadre des recherches sur la provenance, il est essentiel d’examiner les divers rôles au sein de l’entreprise ainsi que les relations entretenues avec les membres de l’administration coloniale, qui avaient souvent des liens avec le musée de Tervuren. À ce jour, aucune étude approfondie n’a été menée sur le réseau d’acteurs gravitant autour de la Compagnie du Kasaï. Ce manque de recherches reflète une lacune plus large dans l’étude du passé colonial, où le volet économique de la colonisation demeure sous-exploré. Cela dépasse ainsi la simple question de la provenance des objets et met en lumière le déficit de connaissances sur l’implication des entreprises coloniales dans le processus colonial.
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